• Journal d'une Amnésique

Madame vous n’aurez pas d’enfants!

Ecrit par 18 mars 2019 2 commentaires

Cette semaine je te partage l’histoire incroyable de mes fils qui ont eu 9 ans.

À en croire les médecins, jamais ils n’auraient dû exister car visiblement j’étais stérile… et pourtant, 9 ans après ils sont là en pleine forme…

 

Durant ces dernières semaines, plusieurs évènements et rencontrent avec des femmes en détresse silencieuse, m’ont poussé à te révéler cette partie de « mon histoire ».

Comme tu le sais je ne me souviens pas de tout ce qui s’est passé avant 2013, alors je laisserai leur père raconter cette fois… Mais surtout te dire, – lui qui ne croit que ce qu’il voit-  qu’elles ont été ses conclusions par rapport à tout cela, et bien plus encore…

 

À la clinique nos fils sont appelés les petits miracles .

Deux semaines avant d’apprendre que tu étais enceinte on te « confirmait » que tes problèmes gynécologiques avaient provoqués une stérilité.

Deux semaines avant on nous disait : « Madame est stérile, nous vous conseillons d’envisager l’adoption ou peut être la FIV, mais c’est un protocole très lourd et onéreux. »

Une terrible nouvelle même si dans l’immédiat ce n’était pas dans nos plans d’avoir un bébé tout de suite. Nous avions tout de même comme projet de fonder une famille, tu adorais les enfants depuis toujours.

Nous avons accusé le coup pendant un moment. Tu culpabilisais et étais même prête à me quitter car tu ne te sentais plus assez digne d’être avec moi, car tu savais que je voulais des enfants.

Et puis tu as été malade quelques jours après. Nous sommes allés voir le médecin et le verdict est tombé :

«  Vous avez une gastro nous a t-il dit. »

Je t’ai vu vomir. Tu as dû t’arrêter de travailler car tu n’avais plus de forces.

Nous y sommes retournés car une gastro qui dure plus d’une semaine ce n’est pas normale.

Il a demandé une prise de sang.

Bien entendu il n’était pas au courant de la stérilité, et nous n’avons pas fait attention à ce qui a été prescrit,  ou peut être est-ce cette fois qu’ils avaient confondus ta prescription avec celle d’une autre patiente, je ne me souviens plus.

En tout cas en allant chercher les analyses, ce fut un choc : Tu étais enceinte.

Comment cela était-il possible? Nous avons contacté un autre gynécologue que celui qui nous avait donné le diagnostic, en l’informant de la situation. Il a demandé d’autres tests en urgence. Le taux de HCG (l’hormone de grossesse) avait presque triplé.

Ce n’était pas possible selon lui. Quelque chose clochait, sans vraiment savoir quoi. Il nous a donc demandé de patienter quelques jours, en faisant le plus attention possible. C’était encore trop tôt pour voir quelque chose à l’échographie.

Nous étions surpris, complètement abasourdis, mais heureux. Je réalise en te racontant cela qu’à l’annonce de ta stérilité tu étais tombée sur un évangile que tu recevais par mail.

Il parlait d’une femme stérile, qui avait finalement pu enfanter car elle avait cru en Dieu. Ou en tout cas quelque chose du genre. Quand je t’entends parler aujourd’hui, je me dis que c’était peut être déjà une manifestation de synchronicité. Ce n’était pas un hasard mais bien un signe. Et nous nous y sommes accrochés.

Nous avions peur de trop nous réjouir. Nous étions jeunes, fiancés et amoureux, et surtout avions terriblement envie de fonder cette famille que ni toi ni moi, n’avions vraiment eu.

Alors on y a cru de toutes nos forces, ôtant tout risque d’anomalie hormonale de nos esprits, car c’était l’une des hypothèses.

Je me souviens que tu as repris le travail pendant une semaine. Puis de ce jour où mon téléphone a sonné.  Il n’était pas loin de 12H. Je suis parti de mon travail en vitesse. Je m’attendais au pire.

On venait d’appeler les pompiers, tu allais être transporté à l’hôpital à cause de violentes douleurs au ventre.

Personne ne savait encore que tu étais probablement enceinte à ton travail, c’était bien trop tôt.

À mon arrivée, on allait t’ausculter.

Premier soulagement, fausse alerte, selon les analyses sanguines, tu étais toujours enceinte, et sans saignements pas de quoi s’affoler nous a t-il dit.

Du spasfon et du repos pendant 3 jours devraient suffir.

Je me souviens t’avoir déposer à la maison. À cet époque nous vivions dans un appartement à Thiais et heureusement je travaillais à moins de 10mn en voiture.

Je crois bien n’avoir pu reprendre qu’une heure, quand tu m’as rappelé affolée, paniquée, arrivant à peine à parler.

Je suis revenu en moins de 5mn. Je t’ai vu courbée, essayant tant bien que mal de te chausser. Tu avais du sang partout  sur ton pantalon.

J’ai tenté de rester calme, de te rassurer « T’en fait pas ça va aller. »

J’ai foncé à la clinique me sentant impuissant en t’entendant te tordre de douleurs, et en répétant « Mon Dieu s’il vous plaît, ne me retirer pas mon bébé. »

Arrivés aux urgences, les minutes paraissaient durer des heures. Le personnel médical passait et repassait sans jamais adresser le moindre regard, la moindre attention.

Après 1h à te voir gémir de souffrance sur la chaise. J’ai poliment demandé à une sage-femme s’il n’y avait pas un médecin qui pouvait te recevoir.

Celle-ci m’a répondu l’air agacée « C’est bon elle est JUSTE en train de faire une fausse couche. »

Je ne sais pas trop ce qui s’est passé dans ma tête, j’ai ressenti une espèce de force surhumaine, une colère m’envahir et je n’avais qu’une seule chose en tête, – moi qui suis si calme de nature – je voulais juste la frapper, pour qu’elle se taise et se rende compte de son inhumanité.

Comment pouvait-on travailler dans le milieu médical et être autant sans coeur, ni compassion de la détresse de l’autre. Nous étions conscients que c’était très certainement une fausse couche mais comment pouvait-on l’annoncer avec tant de désinvolture.

Heureusement, il y avait un autre mari qui accompagnait sa femme, et c’est lui qui m’a empêché de commettre l’irréparable. Il était outré par la scène, le manque de respect de cette femme. Mais il a réussi à me résonner, en me rappelant que tu avais plus que jamais besoin de moi.

Quelques minutes après, à cause de cette scène, ou plutôt grâce à elle, ils ont fait vite de te trouver un médecin.

Nous nous sommes regardés, je t’ai tenu la main, et nous nous étions presqu’inconsciemment préparé à entendre le pire.

Et puis cette phrase est sorti. « Ils vont tous bien sauf deux. »

Hein? Tous? Deux? Je ne comprenais pas trop. J’étais complètement désorienté, incapable de tiré une conclusion rationnel à l’annonce du gynécologue de garde.

Voyant notre incompréhension, il nous a montré sur l’écran en nous expliquant avec un léger sourire: 

« Il y a deux poches « claires » probablement la cause de vos saignements, vous avez fait une fausse couche partielle. Cependant il vous en reste deux. Autrement dit vous attendiez des quadruplés, mais ils vous restent des jumeaux. » 

Des jumeaux? Comment pouvait-on passer de stérile à jumeaux? Voire quadruplés?

Le médecin nous interrogea : « Vous aviez commencé une FIV?

« Non! Pas du tout! »

« Et bien on peut dire dans ce cas que Madame n’est pas du tout stérile mais plutôt très fertile alors!  Félicitation.  Et surtout bon courage. Moi aussi je serais paniqué après cela. »

Il avait raison, j’étais à la fois heureux et paniqué. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Tu étais stérile, et au final plus fertile que la moyenne. Si ça ce n’était pas une intervention divine je ne sais pas.

Il s’avère que nous avons appris que tu avais le « problème » inverse. Tu ovulais à n’importe quel moment du cycle, et avait une poly ovulation si je me souviens bien du terme. C’est à dire tu libérais plusieurs ovules en même temps. Ce qui est très rare.

Tu as du resté alitée durant les 4 premiers mois de grossesse, car il y avait un risque très important que tu fasses une autre fausse couche. L’enjeu était bien trop grand.

Tu as pris soin de toi. Je me souviens que tu leur parlais, comme s’ils étaient déjà là. Ça choquait et amusait tout le monde, mais jusqu’au bout tu l’as fait et c’est très probablement pour cela qu’ils ont parlé très tôt et sans passer par le langage bébé.

Mais nous avons eu bien d’autres frayeurs durant la grossesse.

Jusqu’au jour où tu as perdu les eaux bien trop tôt. Tu avais 7 mois, mais ton ventre était énorme, même plus gros que celui d’une femme enceinte à terme. Je t’ai malgré moi faite sursauter, et le choc a provoqué la rupture de la poches des eaux du premier.

J’étais affolé, toi au contraire tu étais zen, tout était déjà prêt. Tu respirais, et étais plutôt impatiente de voir tes bébés. 

C’était trop tôt et tu n’avais perdu les eaux que pour le premier. Ils étaient dans deux poches différentes.

C’est ainsi que nous avions appris deux choses :

  • la poche des eaux se régénère tant que le bébé n’est pas sorti. Donc tu as perdu les eaux pendant une semaine.  Chaque fois que Lahyan bougeait la tête le liquide s’écoulait.  D’où le petit nom que le médecin lui avait donné « Petit bouchon ».
  • tu peux perdre les eaux et accoucher bien après. Dans ton cas une semaine plus tard, sous étroite surveillance.

C’était nécessaire car les bébés se développent plus vite in utero, donc dans le cas de nos petits qui étaient prématurés c’était préférable de les y maintenir le plus tard que possible.

Lorsque l’on t’a enfin déclenché, c’était la première fois que je voyais une femme enceinte aussi déterminée et motivée à pousser. Malheureusement ça ne s’est pas passer comme prévu. Et une césarienne a dû être pratiqué en urgence car Lliorys était en détresse respiratoire.

Mais nos petits ce sont des warriors. Ils auraient dû rester en couveuses sous assistances respiratoire. Mais à peine leur avait-on mis qu’ils ont tout arraché et ont respiré tout seuls comme des grands sous le regard émerveillés des auxiliaires puéricultrices.

C’était la première fois que je vivais de tels évènements.

La première fois où je prenais conscience que malgré tout leur savoir les médecins ne savent pas tout. Parfois un diagnostic posé peut très vite être démenti. Nous y avons cru, nous les avons eu contre tout attente.

Je sais qu’aujourd’hui tu ne t’en souviens pas. Mais toi aussi tu as eu l’occasion de le vivre à nouveau avec nous.

Nos petits garçons ce sont battus pour vivre dès la base, et jusqu’à maintenant ils continuent. Face à la maladie, à ta perte de mémoire, ils ont été présents, forts, et t’ont soutenus et motivés, même mieux que tous les adultes réunis, nous surprenant par leur capacité de compréhension et de discernement.

Quand j’entends les mot résilience et espoir c’est à eux que je pense car de leur conception jusqu’à aujourd’hui ils défient toutes nos attentes et sont un symbole d’optimisme. Ils sont la preuve vivante que même quand tout semble impossible et bien  c’est possible.

Et pourtant nous avons connu d’autres épisodes similaires :

« Madame votre mémoire reviendra dans une semaine, ou deux, ou plutôt dans un mois, dans 6 pour enfin dire :en fait on ne sait pas, peut être que cela restera comme ça ou peut être qu’un beau jour tout vous reviendra. »

« Madame l’opération et les traitements font que désormais il vous ait impossible d’avoir des enfants. » Et pourtant depuis contre toutes attentes tu as faits des fausses couches, alors que tu n’étaient pas censés pouvoir tomber enceinte.

Un médecin m’avait quand même préparé à te perdre dans moins de 6 mois. Et 5 ans après tu es toujours là, guérie et en parfaite santé.

Alors je ne dirai pas que les médecins sont incompétents. Je ne ferai pas de généralisation, car certains diagnostics s’avèrent corrects. Cependant, j’ai vu avec quelle force que ce soit Yasmine ou Lyah, tu ne t’es jamais laissé abattre par aucun verdict.

Les garçons tout comme toi vous aviez envie de vivre, vous y avez cru quand moi même je baissais les bras. Et vous y êtes tous les trois parvenus. 

Vous êtes des symboles de résilience. Et si cette histoire fait réfléchir certains, et redonnent espoirs à d’autres je la partagerai autant qu’il faut. Je sais que certains ont besoin de l’entendre pour garder espoir. Car oui les miracles existent.

Il y a certe eu des deuils à faire, mais par contre il y a eu des vies crées et sauvées contre toute attente du corps médical, qui jusqu’à maintenant est stupéfait.

Alors je terminerai sur ces mots: 

Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.  L’état d’esprit compte pour 70 voire 90% selon mon expérience. Si vous souhaitez quelque chose au plus profond de votre coeur, croyez-y, c’est 1000 chances de plus que cela se réalise. Si vous êtes malade ou que l’on vous pose un diagnostic défaitiste mais qu’au fond de vous, vous sentez qu’il y a une chance d’avoir un dénouement positif, croyez et foncez.

 

Mathias

 

PS : Je ne suis pas la seule à qui on a posé des diagnostics similaires et qui au final a eu la joie d’être maman. Alors crois-y si tu es dans ce cas, et que tu sens au fond de toi qu’il y a une chance. Les miracles arrivent au moment où on s’y attend le moins.

Et si tu as vécu une situation similaire fais nous partager ton expérience…
Laisse nous un commentaire sous cet article, ou envoie nous un message privé si tu es timide. Nous nous ferons un plaisir de te répondre et si le coeur t’en dit d’en faire profiter toute la team.
hello@amnevie.com

 

Avec tout mon amour.

 

Lyah

Lyah

Après avoir totalement perdu la mémoire en 2013, j'ai appris à me connaître vraiment et pris le temps de me demander ce que je souhaite faire de ma vie. Aujourd'hui je vis au rythme de mes rêves, des messages de mon corps, mes intuitions et mes passions. La vie m'a offert une seconde chance, je la remercie en vivant pleinement chaque instant et en accueillant tout ce qu'elle m'offre pour évoluer.

2 commentaires

  • Sandra dit :

    Quel parcours ! Et quel partage, entre vous, entre nous.
    Ce témoignage si positif illustre magnifiquement qu’aucun combat n’est vain. Je vous souhaite encore de belles batailles … gagnées.

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