Dans ce 3e épisode Raphaëlle nous explique comment sa transformation a abouti …
Les pertes et les gains …
Le moment du bilan.

Si tu les as raté retrouve dès maintenant l‘épisode 1 et l’épisode 2.  


 

Qu’est-ce qui a été le déclencheur de ton éclosion ? Qu’est ce qui fait que tu as pu t’affirmer, dire à ton environnement proche ce qui se passait ?

Je ne l’ai pas dit. Je l’ai montré.

Ah… Mais qu’est-ce qui a fait que tu as senti que c’était le moment ?

C’est lié à la différence entre le travestissement et la trans identité.
Quand j’étais habillée en femme, c’était une bouffée d’oxygène, une libération. Sauf qu’avec le temps, ces bouffées devaient être de plus en plus longues, pour reprendre de l’énergie. J’avais besoin de plus de temps avec cette énergie pour supporter le travestissement masculin d’après.

En fait, le travestissement n’était pas de t’habiller en femme, mais de t’habiller en homme.

Exactement.
Quand j’ai pris conscience que je suis une femme et que je reprenais des vêtements d’homme pour être réassignée en garçon, j’ai compris que je remettais le masque, et au bout d’un moment je n’en pouvais plus !
Et le jour où tu dis « Je n’en peux plus, donc je reste comme ça », tu t’affirmes. Tu n’as pas le choix. Tu fais voler le truc en éclats.
Je ne voulais pas que ça arrive avant d’être prête à assumer les conséquences de cela. Et tout devait être prêt dans ma tête pour savoir comment gérer mon boulot, comment m’affirmer au travail car j’avais un poste à responsabilités. Mais aussi bien sûr comment gérer les connaissances, les enfants, la famille, mon couple. J’ai réussi quasiment tout. J’ai conservé mes amis, mes relations, mes enfants, ma famille. Et j’ai conservé mon boulot. Je n’ai pas changé de poste. Je suis devenue Raphaëlle aux yeux des autres sur le même poste. J’ai gardé mes responsabilités.

Tu n’as rien perdu, finalement ?

La seule chose que j’ai perdue c’est mon couple. Mais je savais que c’était malheureusement la situation la plus probable. Connaissant mon épouse, il était clair que mon changement d’identité était incompatible avec son modèle à elle. J’adore mon épouse et d’ailleurs, nous conservons une très belle amitié. Mais je savais pertinemment que la relation que je lui proposais ne pouvait pas marcher. Sexuellement c’était incompatible. Ce n’est pas son modèle. Socialement, elle aurait pu accepter mais intimement, ce n’était pas possible.
Et si tu n’as pas un modèle sexuel qui te convient, tu ne peux pas réussir la vie à deux. Il faut une compatibilité à ce niveau-là, sinon ça clashe ! Face à ça, il a fallu choisir. Il y avait plusieurs possibilités. La pire c’était de ne pas assumer mon identité, et ça c’était mettre fin à mes jours. Ce n’était pas mon modèle, j’aime trop la vie pour ça. La deuxième approche, c’est « Je ne dis rien et j’ai une double vie ». Beaucoup de personnes dans mon cas le font, mais c’est hyper malsain. Et cela n’aurait pas été respectueux vis à vis des gens avec qui je vivais, donc ce n’était pas une option.

La seule solution qui s’offrait à moi, c’était d’assumer. Et pour ça, il fallait que j’assume tous les aspects de ma vie. Il fallait préparer tout cela.

Pour les enfants, ça passait par l’éducation. Mes enfants m’ont fait pleurer. L’ainée m’a dit « L’important c’est que tu sois bien », à 16 ans ! Moi je m’en faisais une montagne depuis des semaines puis c’est passé comme une lettre à la poste ! Et le second m’a dit « Oui, d’accord, ok » ! Quand j’ai fait mon coming out aux enfants, ce qui était important, c’était de leur montrer ma solidarité vis à vis d’eux. C’était mon problème, mais j’avais conscience que ça devenait aussi leur problème et que je leur imposais une difficulté. Et je voulais leur dire que j’étais là aussi pour les aider à répondre à cette situation, concrètement, en leur disant que faire et que dire. Il s’avère qu’il n’y a jamais eu de souci particulier.

 

Je me souviens de la première réunion parent / prof à laquelle j’avais participé juste après mon coming out.
Le lendemain, j’interroge l’ainée pour savoir si ça s’était bien passé. Elle m’a dit que tout
allait bien.

J’ai insisté, car on m’avait un peu regardé de travers quand même…
« Ah si j’ai eu une question ! On m’a demandé si j’étais venue avec mon père ou ma mère ».
« Et tu as répondu quoi ? »
« Ben, mon père évidemment ! »

 

Quelle belle réponse ! Un soulagement pour toi ?

C’était important pour moi de montrer mon soutien et de leur faire comprendre que ce n’était pas une maladie honteuse. C’est souvent le problème. Je me suis aperçue, pendant toute ma transition et mes réflexions, que ceux qui vivaient mal cette transition étaient ceux qui n’arrivaient pas à assumer le regard de l’autre et donc avaient du mal à assumer leur choix. A partir du moment où tu n’assumes pas tes choix, tu as mal et les autres appuient là où ça fait mal. Je n’ai jamais eu ce problème-là, j’ai assumé mes choix, donc on ne pouvait pas m’attaquer là-dessus. Je savais quoi répondre et j’étais capable de me défendre. Ma force de caractère m’a permis ça. Ce n’est pas la seule façon de faire. Chacun et chacune a son approche. La mienne a été de m’appuyer sur mes points forts. A partir du moment où mes choix sont fait, qu’on ne vienne pas m’embêter avec cela. Ce sont les miens et je les assume. Je le fais en étant consciente des conséquences, en acceptant de les assumer même quand ces conséquences peuvent être vécues par des tiers. Certains choisissent de se couper du monde : lieu de vie, famille, boulot …
Pour moi, ce n’est pas bon de faire ça quand on est déjà en difficulté.

Ne pas pouvoir s’appuyer sur ton entourage, sur ce que tu connais déjà, c’est risquer un gros traumatisme.

J’ai plutôt essayé de changer paramètre par paramètre, élément par élément, dans la continuité. Ça prend du temps mais tu construis au fur et à mesure, et ce que tu construis est solide. Ça te permet d’avancer.
Je peux aussi comprendre l’envie de changer d’univers pour effacer le passé. Mais je m’aperçois que ce n’est pas dans la transition qu’on peut le faire car tu as encore des bribes de ton ancienne vie. Tu n’es pas encore complètement toi-même, tu es encore en cheminement.

Après la transition, aujourd’hui, je pourrais le faire. Changer de vie pour refaire une vie là où personne ne connait mon passé car je n’ai pas envie de le faire connaitre. Je veux être moi-même dans l’anonymat. Parce que je ne suis pas trans, je ne suis plus trans. Je suis une femme corrigée parce que la médecine a permis la correction de mon cops pour le rendre à l’image de ce que je suis réellement. Et l’administration a corrigé l’erreur du genre qui m’a été attribué au regard de mon sexe.

J’ai corrigé mon corps et mon état civil et je suis enfin moi. Mais je n’ai pas envie d’expliquer ça à tout le monde.

Aujourd’hui si on me posait la question, je ne parlerais pas de transgenre. Je dirais que j’étais intersexuel à la naissance et que j’ai changé en cours de route. Et qu’entretemps les hormones ont laissé des traces … Je ne renie pas mon passé mais je n’ai pas la volonté de l’afficher à tous.

Aujourd’hui je suis une femme corrigée, je suis enfin moi-même, je ne suis pas une personne trans.

Le projet est terminé en fait ?

Tu te fixes une date de fin : « Quand est-ce que je serai enfin moi-même ? »
Au début de la thérapie, tu te dis « Oui je suis bien, je suis moi-même ». Tu es sur le chemin en tout cas. Mais tu n’es pas encore toi-même, ne fut-ce qu’à cause du physique. La barbe par exemple.
Après tu te dis, « Bon, je vais avoir un nouvel état civil. Donc je vais être moi quand j’aurai mon état civil ». Et là, en fait non, toujours pas.
Bon, ce sera après l’opération. Je prépare mes valises, je vais à l’opération et tout le monde me dit «Tu verras tu seras toi, tu seras en joie ». Et après l’opération, je me réveille, je regarde le truc et je me dis « Oui je suis contente, mais ce n’est pas moi ».
OK. Je vais être enfin moi à la sortie de l’hôpital, quand je vais arriver à la maison. J’arrive à la maison, je pose ma valise, et ce n’est toujours pas moi …

 

Et là j’ai pris conscience que le jour où je rencontrerais une personne dans l’intimité et que j’aurais une relation intime, je serais enfin moi, grâce au regard de l’autre.
Et c’est bien ça qui s’est passé.
Quand j’ai rencontré ma compagne, le premier soir, j’en ai pleuré. Non, en fait, c’est quand elle est restée la nuit et que le lendemain matin, on s’est réveillées ensemble. Là, c’était bon.
C’est quand tu as une relation intime avec l’autre qui te voit comme la personne que tu es vraiment, et que tu as aspiré à être pendant de longues années, que tu es vraiment toi !

 

« C’est comme une vague, c’est bon !
Ça fera 8 mois samedi que je suis enfin moi. »

 

 

Voilà.

Tu as découvert l’histoire de Raphaëlle.
Comme moi, tu as sans doute vibré avec elle, pendant tout son récit. 

Alors, dis-nous maintenant !

  • Qu’en penses-tu ?
  • Quels sont tes ressentis ?
  • Qu’as-tu envie de lui dire ici et maintenant ? 

Stéphanie

Écrivaine d'un monde qui se libère "Forger la liberté par l'expérimentation !"

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